Quitte ton pays – Sœur Evelyne

« Suis-moi » Ce n’est jamais une fois pour toute !
Appel réitéré tout au long du chemin !

Après le oui de ma première profession, beaucoup d’autres, ont suivi. ‘’Oui’’ pour rejoindre les enfants malentendants de mon pays pendant 18 ans. ‘’Oui’’ pour accompagner des novices de ma province d’origine jusqu’en 2010 pendant 6 ans.

En 2011, un nouvel appel de la Congrégation à quitter mon pays avec une mission bien spécifique : celle d’être responsable du Noviciat international francophone en France à Clamart. C’est le bout du monde ! C’est l’inconnu !
En cette année-là, il m’a semblé entendre ;
– d’une part, l’appel, jadis fait à Abraham, m’est adressé : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton Père vers le pays que je te ferai voir » (Gn 12,1)
– d’autre part, l’appel de notre fondateur, Louis-Marie Grignon de Montfort, à la première Fille de la Sagesse Marie-Louise de Jésus : Il s’adressait à elle en ces termes :
« Vous faites, il est vrai, de grands biens dans votre pays vous en ferez de plus grande dans un pays étranger ; et nous remarquons depuis Abraham jusqu’à Jésus-Christ, et depuis J.C jusqu’à nous, Dieu a retiré de leurs pays ses plus grands serviteurs………… Je sais que vous avez des difficultés à vaincre lui dit-il, mais je sais qu’une entreprise aussi glorieuse à Dieu et aussi salutaire au prochain soit parsemée d’épines et de croix. Et si on ne hasarde quelque chose pour Dieu on ne fait rien de grand pour lui ». (Lettre 27)
Cette lettre destinée à toute fille de la Sagesse m’a amenée à :
• regarder mes peurs en face,
• accueillir l’appel à quitter le connu pour l’inconnu,
• ouvrir mon cœur
• me mettre en route et partir.

Ce n’est plus le oui de ma première profession religieuse à 26 ans, dans la générosité et la force juvénile. Je dois prononcer un nouveau oui qui me déracine et me projette vers de nouveaux horizons avec une responsabilité dont je ne mesure nullement l’ampleur.

Toutes mes vieilles peurs de novices me reviennent ! Je me retrouvais aisément dans cette prières de ‘’Michel Quoist’’ qui me révélait quelque chose de moi : « J’ai peur de dire oui, parce que un oui entraine d’autres ouis… …. »
L’expérience de la vie religieuse, confirme effectivement qu’ « un oui, entraine toujours d’autres ‘’oui’’. Il n’est jamais dit une fois pour toute, c’est toujours à renouveler. C’est un ‘oui’ inconditionnel, c’est signer un chèque en blanc, et c’est une bonne chose de ne pas savoir à l’avance, car on ne s’engagerait certainement pas, on n’a ni la force ni la grâce de tout savoir et de vivre à l’avance ce qui nous attend. A chaque étape, la grâce nécessaire est donnée, à chaque jour suffit sa peine.

Au printemps 2011, me voici à Clamart, sans expérience, n’ayant jamais quitté mon pays pour une mission en terre étrangère. Il va falloir tout apprendre tout découvrir, en commençant par la communauté des sœurs, les novices venant de plusieurs pays francophones où la Congrégation est présente. (Madagascar, Haïti, Congo RDC, la France et au fil des années Pérou, Équateur, Etats-Unis) Accompagner leurs premiers pas dans leur chemin de formation à la vie religieuse dans une culture qui n’est ni la leur, ni la mienne, tel est le défi à relever. Au fond c’était aussi bien, face à la réalité bousculante ‘’l’interculturalité du noviciat’’. Intégrer ma propre culture pour l’ouvrir à d’autres, devient un impératif à affronter.

A l’Automne 2011, soit le 8 septembre, l’ouverture officielle du noviciat, nous lance dans la passionnante et décapante aventure du noviciat. ! Je sais que vous avez des difficultés à vaincre » dit Louis-Marie de Montfort à Marie-Louise de Jésus, « mais je sais qu’une entreprise aussi glorieuse à Dieu et aussi salutaire au prochain soit parsemée d’épines et de croix »…..Cela n’a pas manqué comme d’ailleurs dans toute vie chrétienne à la suite du Christ.
J’ai été agréablement surprise par l’accueil chaleureux qui nous a été réservé par le curé, le Père David Roure à l’époque, la communauté des sœurs du Sacré-Cœur et tous les paroissiens. J’ai découvert une communauté paroissiale accueillante, priante, ouverte, dynamique, ce qui a fait tomber progressivement les peurs, les craintes, les questions dans ce paysage inconnu.

L’intégration d’un noviciat étranger dans une vie paroissiale, n’est pas évidente. C’est comme le temps des semailles, qui demande du temps, des soins et un travail assidu au quotidien. On est là et on n’est pas là, car une bonne partie du travail de formation ne se donne pas à voir (réflexion personnelle, étude, silence, solitude, accompagnement, etc…). La sollicitude avec laquelle, les moindres petits services rendus par les novices sont accueillis et appréciés me surprennent toujours et me fait voir, combien les paroissiens ont bien compris et intégré le rôle d’un noviciat : « amener les novices à vivre une expérience de Jésus qui doit marquer toute leur vie…. » Ainsi vous contribuez largement à faire grandir cette pépinière de la Congrégation par vos prières, l’accueil et l’attention portés aux novices. Les célébrations des sacrements, des messes dominicales et des temps forts qui jalonnent toute l’année liturgique sont autant de moments de ressourcement, de renouvellement de notre vocation. J’ai expérimenté la complémentarité de la vocation chrétienne, source d’un enrichissement mutuel.

La foi au Christ qui nous rend pleinement frères et sœurs sans distinction de races, de langue et de peuple, je l’ai pleinement expérimenté parmi vous. Engagement, dévouement, convivialité, conviction, pour ne dire que cela, autant de cadeaux reçus qui revitalisent ma vie religieuse tout au long de ces neuf années vécues parmi vous. J’ai fait l’expérience du centuple promis par le Seigneur à ceux qui ont quitté à cause de LUI.

Merci d’avoir été pour moi, la Providence qui m’a permis d’accomplir la mission reçue de la Congrégation. Merci pour tous ces rayons de soleil croisés, rencontrés qui m’ont réchauffée.

Tandis que la communauté du noviciat poursuit le chemin avec sœur Patience, qui va prendre le relai, pour moi, un nouvel appel se fait entendre : « suis-moi » ! Une nouvelle mission m’attend ! Un nouveau départ ! Une nouvelle étape à franchir. Je n’oublierai jamais tous ces moments de joie, de foi, de vie partagée.

L’INTERCULTURALITE, n’est-ce pas le signe visible du rassemblement des hommes et des femmes de tout pays, de toute langue, de toute race de toute culture, au banquet du Royaume ! Merci de permettre à notre noviciat de témoigner cela, de L’UNIVERSALITE DE LA SAGESSE parmi vous !

Sr Evelyne Cétoute fdls