?Après le tsunami de mardi qui surpassa en horreurs ce que les plus pessimistes attendaient, nous voici honteux et meurtris devant le paysage de désolation dévoilé par le Rapport de la CIASE : victimes dont la vie est broyée, refus de les écouter et de les mettre au centre, protection des prédateurs au nom de la notoriété de l’institution, sélection défaillante des candidats au sacerdoce ministériel, méconnaissance de la sexualité humaine, faillite du droit canonique et de la gouvernance des évêques, absence de contre-pouvoir, cléricalisme mortifère, …. Comme si l’évangile avait été mis de côté.

Pour nous tirer vigoureusement de notre torpeur, il a fallu que Dieu nous parle du dehors par des voix inattendues, celles des victimes, et du rapport Sauvé. Il est d’ailleurs singulier que la première lecture de la messe de mardi dernier, jour de la parution du rapport Sauvé, il était question de la traversée de Ninive par un étranger, le prophète Jonas, pour appeler à la conversion…

Bien sûr on pourrait se rassurer en constatant avec raison que ces prêtres et religieux abuseurs ne sont que 3% du total des prêtres, et donc une infime minorité mais un seul, ce serait déjà trop. On peut aussi noter le courage manifesté par l’Eglise en créant cette commission indépendante dont il faut saluer le travail. Mais chacun comprend qu’on ne peut en rester là.

Et maintenant, quelle réponse ?

Il y a d’abord la prière pour les victimes, et nous vous proposons de participer à une veillée de prière dans un esprit de réparation les 15 et 16 octobre (voir l’annonce ci-dessous). Les victimes si souvent niées seront au cœur de notre prière et nous vous invitons à vous inscrire afin qu’à toute heure, entre 21h et 12h, il y ait toujours au moins deux personnes devant le saint sacrement. Ce ne sera pas une prière d’adoration habituelle où nous nous réjouissons d’être devant le Christ présent dans l’eucharistie. Nous demanderons pardon pour toutes les fois où cette présence du Christ a été humiliée et bafouée chez les plus petits lors des « abus », bien que le terme d’agression soit plus adéquat. Ce petit effort dans la nuit n’est rien comparé à la traversée des ténèbres subie par ceux qui ont été blessés.

Mais la prière seule ne saurait suffire. D’elle-même, en nous ouvrant à l’Esprit, la prière suscite une réflexion et une action. Les préconisations du rapport de la CIASE sont à examiner pour nous aider dans notre chemin de conversion. Il faudra donc que toute l’Eglise –et donc chacun- s’en saisisse et discerne pour découvrir le chemin qu’il nous faudra prendre, comme dans une démarche synodale.

Je vous avais dit il y a trois semaines que nous avions devant nous le mystère pascal, mystère de mort et de résurrection. Nous y sommes. Que cette douloureuse épreuve purifie l’Eglise et la tourne vers l’Espérance

Père Philippe Hénaff