Le témoignage et la mission par Mgr Olivier SCHMITTHAEUSLER, vicaire apostolique de Phnom Penh

«Tchoum Riep Sour.»

Ce sont les mots que l’on prononce en joignant les deux mains pour saluer son interlocuteur. Ce sont aussi les premiers mots que j’ai appris quand je suis arrivé au Cambodge en 1998. J’avais 28 ans, ordonné dans la cathédrale de Strasbourg la même année et envoyé par le Supérieur Général des Missions Étrangères de Paris pour la «Mission Cambodge» qui venait de recommencer après les longues années noires de silence depuis le génocide khmer en 1975 jusqu’aux premières élections libres en 1993. Entre 1975 et 1979, les chrétiens ont été décimés et l’Église dévastée, bâtiments et activités éducatives et caritatives y compris.

«Tchoum Riep Sour»: premiers mots que le missionnaire entend et aussi début de toute action missionnaire. Saluer en joignant les mains nous apprend à rentrer dans une culture millénaire aux gestes codifiés de respect… Ces mots ne signifient pas seulement « bonjour ». Ils sont une invitation à entrer en relation avec son interlocuteur. Le premier geste et les premiers mots sont ainsi posés, à la manière de Jésus qui va de village en village, qui entre en dialogue avec la Samaritaine, avec Zachée, avec Nicodème, avec les pécheurs. Jésus regarde et comprend les cœurs. Jésus parle et touche les profondeurs de chacun. Jésus touche et guérit. Toute l’action de Jésus qui «entre en contact avec» est résumée dans ces quelques mots : «Tchoum Riep Sour».

Alors comment se faire entendre et faire entendre le Christ, lorsqu’on ne parle pas la même langue et que l’on n’a pas la même culture ? Tout simplement, on apprend la langue et on prend le temps

d’entrer en relation et de comprendre les cœurs en vivant cette autre expression cambodgienne : «Yol Chiet Khnear» : comprendre le cœur de l’un et de l’autre dans une véritable réciprocité. N’est-ce pas ce qui se passe avec Zachée lorsque Jésus «s’invite» chez lui ?

Après 22 ans de mission, je suis arrivé à la conviction que l’annonce de la Bonne Nouvelle, c’est avant tout construire des liens de fraternité. Dans les villages, quand la communauté chrétienne fait enfin «partie du paysage», alors la Bonne Nouvelle se dit en action.

En 2001, après 3 ans d’apprentissage de ce peuple qui va devenir le mien (j’ai reçu du roi la nationalité cambodgienne en 2010), j’ai été envoyé dans le sud du Vicariat de Phnom Penh, dans un petit village dans lequel il n’y avait qu’un seul chrétien ! Ce sera ma paroisse au milieu des rizières, à quelques pas de la pagode, jusqu’à mon ordination épiscopale, aussi en 2010. Pendant ces années, j’ai eu le bonheur de donner la vie simplement. Au milieu des rizières, j’ai fondé des écoles : maternelle, primaire, lycée d’enseignement général et technique et même une petite université ! Et, toujours dans un esprit de charité en action, j’ai initié de nombreux programmes de développement social et humain pour les handicapés, sidéens, artisans, agriculteurs… J’ai eu la joie de baptiser 336 jeunes, adultes et maintenant leurs enfants.

Covid 19 oblige, je suis retourné m’installer dans ce village pour quelques semaines. Début mars donc, j’ai été accueilli par les grands-mères ou les tantes de ces mêmes chrétiens que j’ai baptisés. Je me suis dit : vraiment, la Parole de Dieu a été annoncée et entendue ! Créés à l’image de Dieu, nous sommes frères et sœurs et nous avançons avec nos limites pour construire un monde plus juste et plus aimant. C’est dans ces liens de fraternité et de vraie communion que le Royaume de Dieu se construit.

Le Village de la Paix que j’ai fondé en 2011 en est un signe concret : handicapés, malades du Sida, personnes âgées, catholiques, bouddhistes, enfants, tous vivent en harmonie en en paix. Tout le monde s’invite réciproquement dans la joie de partager sa foi aussi bien aux fêtes de la pagode qu’aux fêtes de la paroisse Notre-Dame du Sourire.

Oui, la Parole est entendue et plus encore vécue et partagée dans la vie quotidienne et les relations humaines entre bouddhistes et chrétiens, sans syncrétisme mais dans le respect des convictions de chacun.

«Nous ne pouvons pas nous taire», c’est…

  • Accueillir cette parole dans mon cœur comme Marie a accueilli la Parole de l’Ange : «Comblée de grâce, le Seigneur est avec toi»
  • Être témoin de la Parole : Dieu s’est manifesté en Jésus pour que nous ayons la Vie, la Vie en Abondance.
  • Être acteur de cette Parole en vérité : l’annonce, c’est entrer en relation avec l’autre et agir concrètement comme Jésus. Aimer, pardonner, guérir, donner la vie !
  • Me convertir sans cesse pour que cette parole guide ma vie : «Soyez la lumière du Monde et le sel de la Terre» Il n’y a pas de stratégie missionnaire mais un témoignage qui peut être contagieux !